
Taha a fui la Syrie à l'âge de 16 ans : « Derrière chaque dossier se trouve un être humain »
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Taha (19) est arrivé sans parents aux Pays-Bas à l'âge de 16 ans depuis Hama, en Syrie. Il a appris le néerlandais et a obtenu son premier diplôme. Actuellement, après près de 2,5 années d'attente, il a reçu une décision négative à sa demande d'asile. « C’est pour cela que cette décision fait tellement mal. »
Taha a raconté son histoire devant la Chambre des représentants
Le 30 juin 2026, Taha s'est présenté devant la
« Je m'appelle Taha » a-t-il dit aux membres de la Chambre des représentants. « Je suis arrivé aux Pays-Bas sans mes parents quand j'avais 16 ans. Je ne suis pas arrivé comme un adulte, mais comme un enfant qui cherchait un endroit sûr. »
Pour Taha, ce moment devant la Chambre des représentants était important. La solution n'a pas été trouvée directement, mais il a pu ainsi raconter son histoire devant une instance officielle.
« Pour moi, ce n'est pas seulement une question de séjour, » explique Taha. « C'est une question de sécurité, de liberté, d'humanité et d'avenir. »
« Nederland betekende voor mij rust » (Les Pays-Bas étaient synonymes de calme pour moi)
Taha vient de Syrie. Il a grandi avec la guerre, la peur et l'incertitude. Il n'a pas eu une enfance normale.
« Un enfant doit aller à l'école, jouer et être en sécurité auprès de sa famille,» explique-t-il. «Mon enfance a été très différente. Nous devions constamment déménager à cause de la guerre.»
Taha n'a pas pu terminer l'école en Syrie comme les autres enfants. Il devait travailler dès le plus jeune âge. Il pensait donc déjà à des choses pour lesquelles les enfants ne devraient pas se soucier normalement à leur âge.
« Je pensais au travail, à l'argent et à la survie, » explique-t-il. « Je pensais uniquement à la sécurité. »
Lorsque Taha a grandi, il a senti de plus en plus qu'il n'avait pas d'avenir en Syrie. C'est pour cela qu'il a quitté son pays. Seul.
Voyage seul vers les Pays-Bas
Taha avait 16 ans quand il a quitté la Syrie. Ses parents n'ont pas pu venir avec lui. Le voyage vers l'Europe était dangereux et éprouvant.
Il a traversé différents pays. Une partie du voyage s'est fait en mer. Il ne l'oubliera jamais. « J'avais peur de la mer », explique-t-il. « Mais j'avais parfois encore plus peur des personnes que j'ai rencontrées ».
Taha est arrivé aux Pays-Bas en février 2024. Il a demandé l'asile et était encore mineur à l'époque. « J'avais peur », explique-t-il. « Mais je sentais aussi que je devais rester fort. Personne ne m'a accompagné. Pas de père, pas de mère. Je devais le faire moi-même. »
Taha est reparti de zéro aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, Taha s'est senti en paix pour la première fois de sa vie. Il a suivi un
« Je n'avais pas peur de faire des erreurs », explique Taha. « Je me suis dit que si je parlais, j'allais apprendre. Si je ne dis rien, je n'apprendrai rien non plus ».
Petit à petit, Taha s'est construit une nouvelle vie. Il a obtenu son premier diplôme aux Pays-Bas au ROC Twente à Hengelo. Il a aussi fait un stage et a commencé à travailler dans le secteur des soins des personnes avec un handicap.
« Je fais ce travail de bon cœur », explique-t-il à la Chambre des représentants. « Je veux continuer à apprendre, à travailler et rendre quelque chose à la société qui m'a apporté une certaine forme de sécurité ».
L'incertitude est restée
Pendant que Taha allait à l'école et travaillait, il attendait la décision du
« J'étais parfois en classe, mais mon esprit n'était pas vraiment présent », explique-t-il. « Je me posais constamment des questions : qu'est-ce qui va m'arriver ? Est-ce que je vais pouvoir rester ? Est-ce que je vais devoir partir ? »
Dans son discours, Taha a raconté que l'incertitude l'avait beaucoup affecté. Elle était source de stress, de tension et de problèmes de santé. « À mon âge, ma vie devrait être faite d'apprentissage, d'épanouissement, de travail et de construction de l'avenir. Je ne devrais pas avoir peur chaque jour que tout ce que j'ai bâti puisse soudainement disparaître. »
Taha n'a toutefois jamais baissé les bras. Il a appris le néerlandais, est allé à l'école, a travaillé et a essayé de participer à la société. « J'ai essayé de faire ce que les Pays-Bas demandaient aux nouveaux arrivants », explique-t-il. « Apprendre la langue, aller à l'école, travailler, participer et prendre des responsabilités ».
« De afwijzing doet pijn » (Le rejet fait mal)
Le 12 juin, Taha a reçu une décision négative à sa demande d'asile. L'IND estime que sa déclaration expliquant qu'il a pris des distances par rapport à l'islam est crédible. L'IND estime toutefois qu'il ne court quand même pas un danger personnel s'il devait retourner en Syrie. Selon l'IND, la situation en matière de sécurité à Hama n'est pas non plus si mauvaise pour lui offrir une protection aux Pays-Bas. Taha n'est pas d'accord avec cet avis. « J’ai peur de devoir cacher mon identité en Syrie et m'adapter aux attentes religieuses de mon entourage. »
Il se rendait à son travail lorsqu'il a reçu la décision. Il n'a d'abord pas réagi. Ensuite, il a pleuré plus tard dans la journée. « Je ne suis pas resté inactif », explique Taha. « J'ai tout fait pour participer, apprendre, travailler et pour être une bonne personne dans cette société. C'est pour cela que cette décision me fait autant de peine. »
Pour Taha, c'est comme si tout ce qu'il avait construit était soudainement devenu incertain : son école, son travail, ses collègues, ses amis et son avenir.
« Ik vraag om een menselijke blik » (Je demande de porter un regard humain)
Taha est bien conscient que les membres de la Chambre des représentants ne peuvent pas prendre de décision à propos de sa situation d'asile personnelle. Il voulait malgré tout leur raconter son histoire, car il veut montrer les effets négatifs d'une longue période d'incertitude sur des jeunes comme lui : « Des jeunes qui ont appris la langue, qui ont été à l'école, qui voulaient travailler, participer et rendre quelque chose à la société. »
Voilà pourquoi il a lancé sa pétition. Son histoire a beaucoup été partagée sur LinkedIn. Il a reçu beaucoup de messages de soutien. « Cela m'a vraiment touché », explique Taha. « Cela me montre que mon histoire touche des gens, car derrière chaque dossier se cache une personne humaine. Une personne avec des peurs, de l'espoir, des rêves et un avenir. »
Taha ne sait pas encore à quoi ressemblera son avenir, mais il essaie de garder espoir. « Je n'ai pas besoin de pitié », explique-t-il. « Je demande un regard humain et équitable. Ne regardez pas seulement les règles, les chiffres et les dossiers. Intéressez-vous aussi à la personne qui se cache derrière ».
Son message est simple : prenez sa sécurité au sérieux. Prenez sa santé au sérieux. Prenez son avenir au sérieux. « Je continue d'avoir de l'espoir, »explique Taha. « Je reste honnête. Je continue de raconter mon histoire. »